Le Gothique c’est super chic (part 2)

Previously :les supports de l’art gothique : cathédrales, vitraux, tapisseries, livres d’heures.

And Now, let me introduce : La peinture Gothique au Moyen Age, CHAPITRE 2, ou comment tu vas réaliser que la création artistique d’il y a 1000 ans peut te titiller le fond de l’œil et le bord de l’âme et te permettre, par la même occasion, d’impressionner ton beau frère ou ton prof de pilates.

La peinture Gothique du Moyen Age, c’est du free style et des personnages avec des gueules de Zombie. Carrément irréaliste (tout le monde le sait, les zombies n’existent pas, même si ta nièce pense le contraire).

C’est cette distance à l’égard du réel qui propulse le spectateur dans un monde parallèle où tout devient sensoriel. On ne peut s’agripper à rien de connu pour donner un sens à ce que l’on voit. Il faut se laisser emporter par le tourbillon créatif et absorber l’art par les pores: le détail d’une main, la profondeur du bleu, l’éclat du vermillon. La lumière par ici, l’ombre par là. C’est l’irréel qui est la source même de la poésie, qui fait toute la valeur des compositions et qui procure au spectateur une émotion pure.

Maintenant, relis le paragraphe précédent en pensant à aujourd’hui. 1000 ans après les artistes anonymes du Moyen Age, les artistes contemporains se sont à nouveau éloignés de la réalité pour nous embarquer dans leur monde auquel nous ne comprenons rien. On se retrouve aussi démunis devant un Rothko ou un Kandisky que devant la peinture religieuse du Moyen Age.

Travaux pratiques : regarde l’image ci dessous.

2015-09-10 16.19.19Heures d’Isabelle de Bretagne. Paris vers 1400.

La dame en haut à droite c’est la Vierge, fastoche, auréoles, bébé jésus dans les bras et pleins de mecs  en adoration autour.

Les dames qui lisent : sans doute les copines d’Isabelle de Bretagne (la propriétaire du livre d’heures) représentées en train de prier pour le salut des âmes sous le regard attendri d’un bichon maltais.

Les autres images : que dalle ! tu les comprends toi ? Moi non. On dirait un pizzaoilo qui balance un gamin dans un four à pizza. C’est surement pas ça. Alors si tu n’as pas de médiéviste sous la main pour t’expliquer le sens des images, et puis après tout on n’est pas obligé de tout comprendre,  regarde la délicatesse des fleurs et des oiseaux, la profondeur du bleu du ciel dans la deuxième image à gauche, la main qui tourne une page de la dame en vert.

C’est ça qu’on cherche : la délicatesse, la beauté, le rêve.

C’est bien gentil tout ça tu vas me dire, mais on peut aussi trouver de la délicatesse, de la beauté et du rêve dans un « paris brest » (le gâteau préféré de ma grand mère).

Comment être sûr que ce qu’on a devant les yeux c’est de la peinture gothique du Moyen Age ?

On ne peut pas  se fier aux dates. Ce serait trop facile. Comme je l’ai dit la dernière fois, les dates du Moyen Age sont floues. Il y a des œuvres du 16e qui respectent les règles de la peinture gothique et des œuvres du 15e qui sont estampillées renaissance. C’est à n’y rien comprendre.

Mais alors, me diras-tu ?

Règle #1 : Au Moyen Age pas de perspective.

A croire que ce sont les artistes de la Renaissance qui ont découvert la ligne de fuite.  Et là, personne n’est vraiment d’accord. Les romains se servaient de la perspective dans les mosaïques, même les hommes préhistoriques dessinaient des chevaux en 3D dans leurs grottes. Que s’est il passé ?

Certains pensent que c’était tellement dark au Moyen Age (temps dégueu, guerres, famines, épidémies, blablabla) que tout le monde a tout oublié. Un peu comme si on était retourné à l’époque pré-dinosaures. On ne sait même plus dessiner.

D’autres, au contraire, pensent que le moyenâgeux connaissait parfaitement les astuces esthétiques de l’Antiquité, mais s’en tamponnait le coquillard. Lui, ce qu’il voulait c’était du neuf.

C’est cette deuxième interprétation que je préfère, tu t’en doutes.

Règle #2: Sujet mono-thème : Dieu et sa gloire.

Sans avoir  peur de faire des généralités, on peut  dire que le fond est toujours le même : Dieu et la nature, incarnation de la pensée de Dieu.

La forme, par contre, c’est une autre histoire.

On fait ce qu’on veut avec les proportions et peu importe si les personnages ne passent pas sous les portes ou provoquent des embouteillages sur le pont levis.

2015-09-10 15.17.00Fuite en Égypte, feuillet isolé du livre d’heures à l’usage de Rome, vers 1413.

Ils peuvent aussi écraser quelques châtaigniers sur leur passage. Et si on a envie de coller un cygne qui nage peinardos dans le fond, on peut. Pas de problème, y’a la Vierge et le Christ au premier rang.

2015-09-10 15.24.39La fuite en Égypte au soleil levant. Livre d’heures du Maréchal Boucicaut, vers 1408

En théorie, l’Eglise interdit les portraits. Mais c’est la théorie. La réalité est que le bonhomme qui a raqué pour un tableau à la gloire de Dieu a quand même un peu envie d’être dessus. Pour faire discret, il est tout petit, tel un cafard insignifiant.

la vierge et l'enfantIacopo Bellini, la Vierge à l’Enfant adoré par Leonelo d’Este, entre 1400 et 1470

 vierge a l'enfant quartonEnguerrand Quarton, Vierge à l’Enfant avec deux donateurs, 1444.

Et alors là, le comble: Charles Fouquet, peintre officiel de la cour de Charles VII, meure d’envie de voir le nichon d’Agnes Sorel, la maîtresse du Roi et se dit: « tiens, si je la mettais en scène genre c’est la vierge ? » .  #freethenipple.

Agnes-sorel1La vierge allaitante en manteau d’hermine. Johan Fouquet 1453.

Et puis il y a lui : Hans Staden, citoyen allemand, aventurier et artiste méconnu, parti conquérir le Brésil, capturé par des indiens ‘tupis’ du coté d’Ubatuba, aujourd’hui capitale du surf. Il parvient miraculeusement à s’échapper et à rentrer en Europe avec un récit anthropologique illustré unique, parce que vécu de l’intérieur, où l’on voit des gens à poils (les indiens sont nus) faire cuire dans des gros chaudrons d’honnêtes chrétiens (les indiens sont aussi féroces et anthropophage), tout ça sous le regard hilare du soleil. La semaine dernière j’étais du coté d’Ubatuba, pour vérifier. Le soleil est bien hilare et les autochtones  à moitié nus, mais au lieu de faire cuire des allemands il boivent de la bière.

hans stadenHans Staden, Nus, Féroces et Anthropophages. 1557.

(titre original : « véritable histoire et description d’un pays habité par des hommes sauvages nus féroces et anthropophages situés dans le nouveau monde nommé Amérique inconnu dans le pays de Hesse avant et depuis la naissance de Jésus Christ jusqu’à l’année dernière ».  1557)

Voilà, tu connais les Deux Règles de base pour impressionner Roger (ton beau frère). Maintenant, si tu veux vraiment qu’il tombe de sa chaise pâmé d’admiration, tu peux en rajouter une petite couche et dater les œuvres.

Petite astuce facile : le degré de souffrance des personnages principaux évolue au fil du temps. Dieu, le christ et la vierge (les autres aussi sans doute) souffrent de plus en plus.

Au début du moyen âge (moyen âge classique), Dieu est totalement étranger et terrifiant, la vierge n’a pas beaucoup d’amour dans les yeux.

crucifiction début moyen age(sorry pour les puristes de la source, tout ce que je sais de cette image c’est qu’elle du début de l’ère gothique et je l’ai trouvée sur stmaterne.blogpost.com)

A  partir du 14ème Dieu s’humanise, il est mort pour les hommes. Toute idée de triomphe a disparu, c’est un Christ souffrant et accablé qui est représenté.

christ en croix qui souffreHermann Schadeberg 1410. Peinture de la crucifixion avec la lance, trois croix sur le calvaire.

En Même temps entre 1347 et 1350, la moitié de la population de l’Europe est morte de la Peste Noire et l’autre s’est fait violer par les barbares venus du nord. Y’a pas franchement de quoi triompher. L’Eglise n’arrive plus à protéger ses fidèles et perd du terrain.

Les créations artistiques reflètent ces évolutions. La peinture profane apparait doucement et  l’architecture des cathédrales se complexifie. Le gothique classique, le premier, est brut, épuré, purement à la gloire de Dieu tout puissant. Le gothique flamboyant, le dernier, est flamboyant justement. Les structures s’ornent de tout un tas d’accessoires décoratifs. On s’éloigne de l’objectif.

Diapositive1

On est en 1500 (plus ou moins), tu es toujours un manant près de Maubeuge, t’as entendu parler de la découverte de l’Amérique, et ça n’a pas changé ta vie, tu patauges toujours dans la boue. Mais dans les hautes sphères de l’intelligentsia qui ont du temps pour faire autre chose que survivre, les it-girls commencent à se faire tirer le portrait par des artistes qui sortent de l’anonymat. Et last but not least, les Italiens redécouvrent l’antiquité et nous la servent à toutes les sauces plongeant par la même occasion le Moyen Age dans l’obscurité*. Les artistes suivent l’exemple de Giotto (renaissance Italienne un peu en avance sur la renaissance européenne) et copient minutieusement ce qu’ils voient, avec plein de perspective.  C’est la Renaissance.

Pour finir, et juste pour remettre les choses en perspective (lol), voilà ce que faisaient les Indiens, en Inde, au Moyen Age. #freethenippleetpasquethenipple.

khajuraho-lakshmana-temple-aotearoaEnsemble de temples de Khajuraho, construit autour de l’an 1000 au Madya Pradesh, Inde.

* source Wikipedia : Les humanistes de la Renaissance souhaitaient un retour aux formes classiques héritées de l’Antiquité, considérée comme un modèle de perfection. Le terme « gothique » est employé pour la première fois par Giorgio Vasari en 1550 pour désigner l’art médiéval, avec une connotation péjorative : il est fait référence aux Goths, des barbares, dont les armées avaient notamment envahi l’Italie et pillé Rome en 410.

sources photos (dans l’ordre): victoriafrances.es / Catalogue de l’exposition Paris 1400, les Arts sous Charles VI, Louvre, Fayard, 2004 / gothic.centerblog.net / rivagesdeboheme.fr / wikipedia – charles fouquet / Hans Staden, Nus, féroces et anthropophages – Editions Métaillé, avril 2005 / stmaterne.blogpost.com / cybercure.fr /flickriver.com / wikipedia, Notre Dame de Laon / allposters.com

Bibliographie :

Encyclopédie de L’agora : Agora.qc.ca / http://elccarignanhistoiredelart1ereannee.blogspot.com.ar/2009_03_01_archive.html / histoiredelart.net / Catalogue de l’exposition Paris 1400, Les Arts sous Charles VI, Louvre, Editions Fayard mars 2004 / Hans Staden, Nus, Féroces et Anthropophages, Editions Métailié, avril 2005 / l’Art Médiéval, Flammarion 2005 / La Historia del Arte, Editions Phaidon 1995 / Pour en finir avec le Moyen Age, Régine Pernoud, Points, 2014 / Bienvenue au Moyen Age, Michel Zink, éditions l’Equateur France Inter mars 2015 / wikepedia.

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Le Gothique c’est chic ! (part 1)

Bon, les gars, il est largement temps de s’y remettre et d’injecter un peu de culture-pour-se-la-raconter-dans-les-diners dans vos petites têtes de linotte hypnotisées par les comptes Instagram des connasses qui se prélassent dans le sud de l’Italie. Ton humble serviteuse, moi, a balancé son smartphone du haut de la falaise et se lance dans une aventure humaine incomparable. T’apprendre en t’amusant.

Sujet du jour : l’art Gothique.

Je te jure c’est au moins aussi bien que de mater des photos AVANT/APRES de chirurgie esthétique de la famille Kardashian (et ça te permettra de pas trop te faire iech’ quand quelqu’un t’obligera à visiter un musée des Beaux Arts).

gothiqueL’art gothique, c’est pas le gothique de ta nièce ado  (à gauche sur la photo) fan de Marilyn Manson. Ce gothique là n’a pas encore été élevé au rang d’art, cela étant tout à fait subjectif évidemment parce que finalement, qu’est ce que c’est l’art ? On en parlera une autre fois si tu veux.

2015-08-28 10.13.52

L’art gothique qui nous intéresse ici, est celui du Moyen Age, celui de Perceval, preux chevalier ci-contre et de sa zouz’ Frénégonde, et des moines encapuchonnés  qui font peur et qui meurent la langue pendante, empoisonnés par l’encre d’un vieux grimoire de magie noire (dans les films surtout). Bref, la production artistique de la deuxième partie du Moyen Age (de 1100 à 1500) en Europe occidentale.

Esthétiquement le Moyen Age est dans notre imaginaire une parenthèse sombre comme un crépuscule de novembre dans un cimetière abandonné avec des corbeaux qui croassent. Grosse parenthèse de plus de 1000 ans (de 300 à 1500 à la louche) entre L’Antiquité des romaines à moitié à poil dans leurs toges et la Renaissance, qui copie tout de l’Antiquité, entre autres les romaines à moitié à poil dans leur toge. Et je ne sais pas très bien pourquoi, c’est la Renaissance qui décide de ce qui est beau ou pas encore aujourd’hui et enferme notre regard innocent dans ses canons de beauté. Vue sous cet angle rigide, la production artistique médiévale n’est ni belle ni attirante.

Ci-dessous une romaine nue, un moine moyenâgeux tout pâlot sur le point de mourir empoisonné la langue pendante* et Vénus, nue. Cherchez l’intrus.

Diapositive1

venus botticelliLa Naissance de Vénus – Botticelli – 1485 (pré renaissance italienne).

Contrairement à ce qu’on croit (peut être que tu ne t’es jamais posé la question cela dit) le Moyen Age est une période de liberté folle et de création artistique débridée. Les populations libérées du joug romain retrouvent leur originalité et s’autorisent toutes les fantaisies artistiques, dans la forme (le fond est mono-thème : Dieu et sa gloire).  L’art médiéval n’est que beauté sensuelle, épidermique. T’es pas obligé d’aimer, mais tu peux essayer de comprendre. Alors comme tu n’es pas une grosse feignasse, tu vas me suivre dans le chaos médiéval, ouvrir tes chakras et absorber la sensualité de cet art méconnu, à mon avis, à tort. (sensualité de l’ouverture des sens et pas des films M6 du dimanche soir gros dégueulasse).

Commençons :

Imagine toi, à quelques kilomètres de Maubeuge, un 18 novembre de l’an 1364. Tu as 20 ans, autant dire un vieillard, il fait aussi froid qu’humide, tu es crasseux, morveux, pauvre, couvert de guenilles, les pieds dans la boue et plein de poux. Tout ce qui t’entoure est gris : le ciel, la terre, tes fringues, ta meuf. Les boules.

Pour t’évader de ce monde pourri, et t’entourer d’un peu de couleurs, tu as deux options : attendre le printemps, mais c’est pas gagné gagné vu ton âge canonique (l’espérance de vie était d’environ 28 ans) ou pousser la porte de la cathédrale à peine terminée.

Les couleurs des vitraux vives et fortement contrastées t’éblouissent. Les petits personnages représentés te chuchotent des histoires à l’oreille, des histoires que toi, inculte, tu peux comprendre. En gros, le bien : tu obéis à ton seigneur et t’essayes de pas buter ton prochain et tu iras au ciel et le mal : tu te laisses aller à la paresse, mère de tous les vices, et tu pourriras en enfer.

Diapositive1Tu ne reconnais personne, l’Église interdit les portraits qu’elle considère comme un signe d’orgueil et de vanité. Alors il faut que tu puises dans tes ressources pour comprendre que la croix représente le christ, les auréoles, les saints, les clés, Saint Pierre, les flèches saint Sébastien, la dame qui apprend à lire à la Vierge, c’est Sainte Anne. Bref, des trucs qu’il faut apprendre sinon tu comprends rien et t’as l’air d’un con. Cela dit, petit à petit, pendant l’ère gothique  certaines caractéristiques physiques  commencent à apparaître. Saint Pierre a des clefs, mais aussi  une bonne grosse barbe de hipster et Saint Sébastien sourit béatement alors qu’on le crible de flèches (mon grand père disait qu’il avait l’air d’aimer ça).

Diapositive1La première expression de l’art gothique est l’architecture. Il est venu les temps des cathédrales, le monde est entré dans un nouveau millénaire, voilà. Un petit malin a découvert qu’on pouvait briser le cercle et en faire une ogive pour donner de la hauteur aux constructions. Du coup c’est la surenchère. Chaque architecte veut aller plus haut que le voisin pour se rapprocher du Très Haut, jusqu’à ce que la flèche de la cathédrale de Beauvais qui devait culminer à 150 m s’effondre et calme tout le monde.

Diapositive1Les cathédrales sont les écrins d’une nouvelle forme d’art : les vitraux. Leur rôle principal est de faire entrer Dieu dans la cathédrale en transformant la lumière physique en lumière divine. Alors ils sont richement ornés par les maîtres verriers qui profitent de l’aubaine et se font grassement payer (2/3 du budget travaux de la cathédrale). Comme c’est cher, autant que ça serve, alors les scènes représentées sont censées éduquer le pèlerin comme je l’ai dit plus haut. Mais ça, c’est une sale excuse : les scènes racontées étaient souvent indéchiffrables sans une culture religieuse riche et la plupart des vitraux sont beaucoup trop hauts pour qu’on puisse distinguer autre chose qu’une explosion de couleurs.

vitrail sainte chapelleVitrail Sainte Chapelle – 1242 / 1248. Tu vois quelque chose là haut ?

Maintenant, si t’es un VIP (roi, prince, duc), en plus des cathédrales que tu pourras privatiser pour des cérémonies familiales et des immenses tapisseries** qui isolent les murs de ton château fort de l’humidité et des intempéries, tu pourras aussi avoir la beauté à porté de main, sans sortir de ton plumard, grâce à un livre d’heures (si à 30 ans t’as pas ton livre d’heures, t’as raté ta vie)***. C’est un livre de prières qui comporte un livre d'heurescalendrier pour suivre l’évolution de la liturgie tout au long de l’année et souvent aussi des psaumes et des évangiles. C’est pas le livre le plus fendard de l’année, soit,  mais si t’as pas envie de lire tu peux toujours regarder les images. Chaque page contient une ou plusieurs enluminures ou miniatures. Ces illustrations, qui si on réfléchit bien, imitent la lumière et la consistance du vitrail (dans ‘enluminure’ y’a lumière) sont des témoignages de la création artistique gothique et surtout une source de connaissances inestimable de la vie quotidienne à cette époque. La réalisation d’un livre d’heures prend des années et use les yeux de moines dévoués. Le livre d’heures le plus connu s’intitule : « Les Très Riches Heures du Duc de Berry » commandé par le Duc de Berry, forcément, aux frères Limbourg en 1410.

Cet ouvrage est d’une importance capitale  dans l’Histoire de l’Art et je pèse mes mots. D’abord c’est une commande. Le Duc de Berry, grand esthète et amateur d’art (et aussi nouveau riche qui voulait montrer à tout le monde qu’il en avait une plus grosse que le Duc d’Anjou son cousin) a choyé les trois frères Limbourg, des flamands, pour qu’ils travaillent peinards sur les enluminures de son recueil. Il les loge, les protège et les gâte. heures berry

En retour les artistes ornent les miniatures et enluminures qui mettent en valeur les richesses de leur commanditaire. Les scènes délivrent toujours un message religieux ou moral, mais une attention très particulière est portée aux détails, à la richesse des étoffes, à l’environnement architectural. Le gros château, les jolies robes, etc, et en cherchant bien on trouvera toujours dans un coin le portrait du donateur, ça lui fait plaisir. (le mec avec la toque et la robe bleue est le Duc de Berry).

Mais tu dois te demander pourquoi le duc de Berry a fait appel à des flamands, c’est pas la porte à coté du Berry (Châteauroux si tu te souviens pas très bien de la carte des régions françaises).  Je vais te dire moi. Le moyenâgeux VIP se déplace et trimballe avec lui sa cour et son petit personnel. Toute une foule qui va d’un château à un autre. Le seigneur cultivait ses terres et quand il n’y avait plus rien à bouffer ils allaient dans leur autre château. Les grands duchés avaient des alliances avec les autres duchés d’Europe et les artistes suivaient. C’est comme ça que les frères Limbourg, des flamands, se retrouvent dans la cour du Duc de Berry. Cette itinérance porte même le nom de Gothique International.

Maintenant que tu connais deux des supports de l’art gothique : vitraux et livres d’heures  (il y a aussi les tapisseries, les retables et les sculptures mais on peut pas parler de tout sinon ça devient chiant), passons à la technique.

victoria FrancesLa peinture gothique c’est pas ça. Et tu sais pourquoi je peux te dire que cette image n’est pas de la peinture gothique du Moyen Age ? Parce qu’il y a une sorcière aux gros seins et au regard mutin ?

Et ben non, mais je te le dirai la prochaine fois.

Stay Tuned.

 

 

* Après étude approfondie, ce n’est pas un moine tout pâlot qu’on voit ici mais une aristo en train d’apprendre des trucs. Mais elle n’a pas super bonne mine non plus.

**Les tapisseries gigantesques sont aussi des sources formidables de connaissances sur la vie au Moyen Age, mais je te laisse faire des recherches de ton côté si ça t’intéresse. Je vais pas non plus me taper tout le boulot.

*** Raconte moi l’Histoire est un blog au top sur lequel tu pourras apprendre en t’amusant (aussi) tous les détails sur les livres d’heures. si tu veux.

(photos : ados gothiques : images-pour-gothiques.skyrock.com / Youpi ! Hors série la vie au Moyen Age éditions Bayard / statue romaine: les musées capitoliens, Electra, 2002 / moine tout palot: Les arts sous charles VII – catalogue de l’exposition Paris 1400, éditions Fayard / Venus de Botticelli : Wikipédia, la naissance de Vénus, Botticelli / Saint Sébastien: La somptuosité des manuscrits à la fin du Moyen Age, cegepsherbrooke.qc.ca / Saint Pierre : lafrancemedievale.blogspot.com / Cathédrale notre Dame d’Amiens : wikipedia, frenchmomentsblog.com / Cathédrale de Beauvais : wikipedia et directmatin.fr / vitrail sainte chapelle : marinamie.over-blog.com / Les tres riches heures du duc de berry : herodote.net et allposters.com / vitoria frances: victoriafrances.es)

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La poinçonneuse du Malba – Yakoi Kusama (JAP)

Il y a des jours où tout converge et on se sent tout petit dans une toute petite planète. Je suis dans ma cuisine à Buenos Aires, j’écoute France Inter. Entre deux pronostiques météo (on est en juillet, on ne parle plus que de météo sur France Inter), j’entends la douce voix de Jane Birkin. Elle parle de ses musiciens japonais avec lesquels elle parcourt le monde et le répertoire de Serge et cette version tout à fait incroyable de ‘comic strip’ par une chanteuse japonaise. Jane, Serge et le Japon s’invitent dans ma cuisine du bout du monde et au son s’ajoute l’image de la une de « ADN cultura », le supplément culturel de « La Nacion », une japonaise à frange de 85 piges qui dessine inlassablement des pois.

Des petits trous, des pois, des « zip« , des « clic clac », des « bang » et une toute petite planète, c’est le monde de Yakoi Kusama que l’on peut découvrir au Malba jusqu’au 16 septembre.

L’expo est un plongeon, la tête la première dans l’univers barré de Yakoi Kusama. Née en 1929 près de Nagano, elle commence par étudier la technique classique Nihonga. On peut d’ailleurs voir quelques unes de ses premières œuvres sur les murs du Malba. La technique est classique c’est sûr, mais l’interprétation est  complètement abstraite et matricielle. On devine des ‘utérus’ avec plein de petites cellules dedans. Avec une imagination débridée on aperçoit même des simili embryons. On a l’impression de voir son monde à travers un microscope. Et son monde n’est pas serein. Elle souffre depuis l’enfance d’hallucinations et de tout un tas de maux psychiques.

the earth 1953

The Earth 1953

Elle abandonne vite  les traditions, c’est pas son genre,  pour s’attaquer a ses obsessions.  Enfin, elle peut les exprimer et c’est en peignant des millions de demi lunes blanches sur fond noir qu’elle le fait. Apparaissent alors les pois, les « polka dots » qui deviendront sa marque de fabrique.

kusama white paintingPacific Ocean – 1960

La créativité débridée de Kusama étouffe au Japon et elle saisit la première occasion pour traverser le Pacifique. Elle débarque à New York en 57, elle a 28 ans et un esprit parfaitement prêt à accueillir toutes les révolutions culturelles et artistiques en gestation à ce moment là, à cet endroit là. Naissent alors les performances loufoques, les installations, les films, les hallucinations. Elle est une des meneuse de l’avant garde new yorkaise. Son mode d’expression est le pois, symbole de notre planète minuscule perdue dans l’infini de l’univers.

« a polka-dot has the form of the sun, which is a symbol of the energy of the whole world and our living life, and also the form of the moon, which is calm. Round, soft, colorful, senseless and unknowing. Polka-dots become movement… Polka dots are a way to infinity »*

Nous ne sommes rien. Elle se sent rien. Tellement rien qu’elle en arrive à nier le genre et revendiquant le premier mariage homosexuel quelque part dans les années 60. Nous devons nous libérer des frustrations sexuelles et de nos apparats de genre pour laisser libre cours à notre créativité et apporter la paix au monde, nus.  Dans les vitrines installées dans le musée on peut lire des manifestes et des lettres, dont une adressée à Richard Nixon dans laquelle elle l’invite à flotter dans l’univers avec elle, gently gently et à  recouvrir son corps masculin et vigoureux de polka dots pour calmer son esprit belliqueux. Tout un programme.

yayoi-kusama-beloved-media-016Accumulation – New York 1963-64

La nudité et les phallus à pois sont ses armes pour lutter contre la violence de notre monde (la guerre du Vietnam bat son plein ). Au Malba on peut rentrer dans une pièce dont les murs sont recouverts de miroirs et le sol de phallus à pois. Notre image est reproduite à l’infini par le jeu des miroirs et on domine clairement la forêt de zgezs blancs à pois rouges. Les experts décrivent son travail comme féministe. On voit bien pourquoi.

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Une autre pièce dans laquelle scintillent des millions d’ampoules nous renvoit à notre condition de microbe dans l’univers. C’est étrange, un peu angoissant et totalement féérique.

pic1Infinity Miror Room

L’expo s’achève par la présentation de ses œuvres les plus récentes, celles réalisées dans un asile psychiatrique à Tokyo où Kusama s’est auto internée en 1977, sans doute pour baisser les décibels après la fanfare New-yorkaise. Les formats sont plus classiques, ce sont des toiles de 2 m x 2m (à vue de nez), mais les sujets toujours aussi obsessionnels.

the daybreak, the arrival of morning 2010The Daybreak, The arrival of Morning, 2010.

Et enfin, cerise sur le gâteau, le spectateur éberlué participe à l’expo en collant des gomettes ou ça lui chante dans une pièce complètement blanche aménagée comme un salon.

On sort de là, comme des gamins, la tête pleine de pois et de couleurs.

« SHEBAM » « PAW » « BLOP »  « WIZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZZ ».

La rétrospective ‘obsesion Infinita’ de Yakoi Kusama est la première dédiée à l’artiste en Amérique Latine. Yakoi Kusama est aujourd’hui considérée comme la plus grande artiste japonaise en vie. Artiste complète elle a exprimé son art au travers de tous les média à sa disposition. Elle a publié des romans et des recueils de poèmes, dirigés des films, créé des vêtements. Les plus grands musées du monde possèdent  ses œuvres et elle a reçu les prix les plus prestigieux.

Malba – Museo de Arte Latino de Buenos Aires – Avenida Figueroa Alcorta 3415 – +54 (11) 4808-6500 – Jusqu’au 16 septembre, ouverts tous les jours de 12h à 20h sauf le mardi.

*« un pois a la forme du soleil, qui est le symbole de l’énergie pour le monde entier et dans toute vie humaine, il a aussi la forme de la lune, qui est calme. Rond, doux, coloré, sans sens et sans connaissance. Les pois deviennent mouvement, les pois sont un passage vers l’infini ».

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Le chaud et le froid – Ramiro Oller (ARG)

Dans l’atelier de Ramiro Oller, à San Telmo, on trouve Lola, une vieille chienne léthargique, une inondation de soleil (n’ayons pas peur des clichés) et Simon and Garfunkel. On y est bien. Quand en plus Ramiro construit et déconstruit ses polyptyques rien que pour nos yeux, on resterait bien toute la journée à siroter du thé.
Les polyptyques de Ramiro c’est des couleurs dans ta face et tu ne sais pas bien pourquoi une invitation au voyage direction les mille et une nuits. Alors il explique.

mano-casi-daltonica-ramiro-oller

Son truc, à Ramiro, ce sont les vinyles (pas les 33 tours, les autocollants). Il colle, décolle, lisse ou laisse des bulles exprès, tout en suivant une forme ovaloïde, comme la porte d’un palais dans le désert. C’est la main de Fatima qui l’inspire et qui donne les teintes orientales à son travail. Ses assemblages de couleur sont improbables mais s’harmonisent. Quelque soit l’ordre, c’est une « combinaison succulente ». D’ailleurs il déplace les éléments de ses polyptyques comme des pièces de puzzle. L’œuvre n’est jamais complètement finie, définitive, la porte est toujours ouverte et la main daltonienne toujours tendue (c’est comme ça qu’il définit son travail : mano daltonica, un assemblage de mots improbable).

Ramiro ne nous fait pas que franchir des portes dans le désert vers des paysages infinis et arides, il nous fait franchir des icebergs miroitants d’où l’eau s’écoule lentement.

ramiro gris

pic doré ramiro

Pour cette autre série, il abandonne complètement la couleur pour les dégradés de gris, d’argent ou d’or. Il utilise des vinyles teintés, comme ceux qu’on colle sur les vitres des voitures pour préserver l’intimité, du papier d’alu ou de la feuille dorée.  Les transparences laissent apparaitre le mur derrière et les reflets les contours du spectateur.

Le tableau se transforme grâce à la lumière, à celui qui le regarde. C’est de transformation aussi qu’il s’agit dans une troisième série. Cette fois ci ce sont des collages de papier photo. Le papier a été traité avec du révélateur et offert à la lumière changeante. Le résultat est graphique et nous embarque aussitôt dans le temps, quelque part dans les années 80. Tu trouves pas ?

ramiro oller

Ramiro vit et travaille à Buenos Aires. Il a gagné en 2012 le Premier prix  “Salón Nacional de Pintura Banco Nación” Casa Nacional del Bicentenario, Secretaría de Cultura de la Nación. Catégorie moins de 35 años.  Buenos Aires.

Son travail est présenté par la galerie SlyZmud. Bomplan 721 – Villa Crespo. Ouvert de 13h à 19h. Tel : 15 6617 1997 – 15 5412 9138

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L’Art et la Matière – Mondongo (ARG)

Les portraits avec de la peinture, c’est bien. Mais si t’as pas de peinture sous la main, et que t’as hyper envie d’immortaliser ton bichon maltais, maintenant, tout de suite, sur une toile de 2x3m , tu peux toujours prendre du fil, au pire tu détricotes le pull que ta grand mère t’a offert pour noël, ou les restes de jambon qui trainent dans ton frigo.

C’est ce que fait le collectif Mondongo. Des portraits avec du fil, de la cire ou  de la viande séchée et des paysages  avec de la pâte à modeler. L’œuvre en 3D et en 6S, comme les 6 sens. Tu la vois, tu la touches, tu la goutes, tu la sens – c’est surtout la pâte à modeler que tu sens, la viande séchée a été traitée et formolée et ne sent pas le rat mort, don’t worry – et tu l’entends.  Si, approches toi et tu entendras  au loin les accords saturés d’une guitare électrique, comme si tous les éléments des œuvres étaient imprégnés de l’ambiance musicale que j’imagine régner dans l’atelier du collectif.

En 1999 trois jeunes, très jeunes artistes (on a le même age), font connaissance dans une teuf, se reconnaissent et  se réunissent pour créer un art qu’ils veulent accessible, un art pour tous, même les plus modestes. Mondongo est un plat populaire argentin à base de tripes. Tout le monde peut y gouter. Personne n’est obligé, t’as le droit de ne pas aimer les tripes. Comme tu as le droit de ne pas aimer leurs créations. Mais tu es forcé de reconnaître que ce qu’ils arrivent à faire avec des croquettes pour chien est géant, impressionnant d’impressionnisme. L’œuvre change avec la distance. De près tu vois des bouts, de loin tu vois un tout.

Ils connaissent leurs premiers succès en réalisant des portraits de personnalités. Le portrait n’est pas que visuel, le matériel utilisé fait partie intégrante de l’idée qu’ils se font du modèle. Le portrait de Bowie est en paillettes, celui du Pape Jean Paul II en osties, (jusque là c’est assez évident), et celui de l’écrivain Argentin Enrique Fogwill avec du fil, censé représenter l’agitation intellectuelle qui l’animait constamment.

FOGWILL MONDONGO.jpg

Enrique Fogwill, Mondongo, fil sur bois

D’alternatifs, ils atteignent le statut d’artistes argentins mondialement connus quand ils sont choisis par le Principe* de Asturias, Felipe, himself, pour réaliser les portraits de la famille Royale d’Espagne. C’est gonflé connaissant le passé lourd de ressentiments qui lie l’Espagne à l’Argentine, et puis Mondongo, ça veut quand même dire « bite » en espagnol d’Espagne. Mais Felipe est un prince moderne qui veut la paix dans le monde et qui n’a peur de rien. Le collectif réalise les portraits avec 22.000 et des brouettes bouts de miroir peints et en profite pour venger un peu tous les argentins du pillage de leurs richesses par les Espagnols.  Les bouts de miroir étaient échangés contre de l’or par les conquistadores.

Juan carlos por mondongoEl Rey Juan Carlos II, Mondongo, 2002.

Mondongo expose en ce moment et jusqu’en septembre au MAMBA– Museo de arte Moderno de Buenos aires. Monte au deuxième étage, assieds toi sur le banc et plonge toi dans la foret qui t’entoure.

Au début tu es ‘blanche neige’. Tu sautilles. « Houuuuu », la forêt dense te fait peur, « whaaaa », une clairière,  le reflet du nuage blanc dans le ciel bleu dans un petit lac. Et puis, la mer, l’horizon. Et là, un petit papillon. Mais soudain, tu vois un truc dans les rochers, de loin. De près ce sont des mini visages qui crient (un peu comme des clapiottes), et un peu plus loin, une veille godasse éventrée, et là, au bord du lac, un hélicoptère à moitié échoué. Apparemment, la vie n’est pas un Walt Disney, c’est ce que semble nous crier ces artistes d’une génération coincée entre la X et la Y. Et le monde n’est jamais vraiment tel qu’on le voit, il faut fouiller, chercher, s’interroger. Loin du  « no future », leur message serait plutôt « change the future ». Modèle le monde, comme s’il était fait de pâte à modeler pour le rendre plus beau.

Mondongo est composé de Juliana Lafitte, née en 1974, Manuel Mendanha, né en 1976 et de Agustina Picasso, née en 1977. Tous les trois sont nés à Buenos Aires, ont étudié à L’école de Beaux Arts Prilidiano Puyrredon à Buenos Aires, et tous les trois vivent et travaillent à Buenos Aires.

Leur travail a été présenté dans de nombreuses galeries dans le Monde et certaines pièces font partie des collections de musées tels que ‘The Houston Museum of Fine Arts », le « Reina Sofia » à Madrid, La « Tate Gallery » à Londres et le « MOMA » à New York.

Certains des portraits, entre autres, celui d’Evita réalisé avec des gâteaux secs,  ornent les couloirs de L’Esplendor Hotel Buenos Aires.

MAMBA – Av. San Juan 350 – San Telmo – De mardi à vendredi : 11h-19h – Samedi, dimanche et jours fériés : 11h – 20h – Fermé le lundi (sauf si le lundi est un jour férié).

* Prince

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Touchez S.V.P.

L’art éveille les sens. C’est la belle théorie. La pratique, pour le péquin moyen qui promène ses sens tout disposé à les éveiller dans les musées, c’est ‘attention fragile’, ‘Ne pas toucher SVP’, ‘Ne pas franchir le câble‘, et tout un tas de messages encourageants. L’art éveille la vue. Les autres sens repasseront.

Dans les galeries, restons mesurés, dans la plupart des galeries donc,  c’est pire. Le péquin moyen, quand il ose entrer se fait rapidement écraser par le regard hautain et méprisant de la conasse derrière son mac. Il range ses sens dans sa poche et se casse en courant. Évidemment il n’a rien vu.

Alors quand tu peux tout tripoter dans un musée tu frétilles. C’est le cas avec l’art Opto cinétique. Mouvement artistique, ainsi nommé dans les années 60, mené par des artistes revendicateur d’un art accessible.

L’art opto cinétique est l’art en mouvement, ou le mouvement dans l’art. Ou encore la transformation de l’œuvre par le mouvement, résultat d’une action extérieure.

Il y a le mouvement produit par le vent ou le soleil. C’est le cas des mobiles par exemple. Tu connais forcément ceux d’Alexandre Calder (sculpteur et peintre américain). Il est le premier a avoir fait du mobile une œuvre d’art. On est au milieu des années 30.

calder-mobile-531x487Untitled, Alexandre Calder, 1959, JP Morgan, Chase Art Collection.

Et il y a le mouvement produit par le spectateur.

Le mouvement peut apparaître simplement en regardant. Pour que l’œuvre prenne toute sa dimension, il faut que quelqu’un la regarde, avance, recule, penche la tête d’un côté, de l’autre. L’enchevêtrement de lignes, de courbes, de points produit le mouvement dans ta rétine parfois même jusqu’à te donner le tournis. C’est l’illusion d’optique. Victor Vassarely (plasticien hongrois) est l’auteur de la première œuvre considérée comme appartenant au mouvement Op art, Zebra 1938, mais aussi de  nombreuses œuvres optiques archi connues.

 vassarely zebraZebra, Victor Vasarely (1938)

vega3Vega 200, Victor Vasarely (1968)

Enfin il a  le mouvement mécanique. T’appuies sur un petit bouton et l’installation ondule, vibre, se transforme.

(Julio le Parc au Palais de Tokyo)

L’expression art cinétique apparait pour la première fois en 1960 au Museum Fur estaltung de Zurich. Lors de la 3ème biénale de paris en 1963, certains artistes (Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, François Morellet, Francisco Sobrino, Joël Stein, Yvaral) de ce mouvement se réunissent en un collectif, le GRAV (Groupe de recherche d’art visuel) et écrivent un manifeste, « Assez de mystifications » :

« Nous voulons intéresser le spectateur, le sortir des inhibitions, le décontracter.
Nous voulons le faire participer.
Nous voulons le placer dans une situation qu’il déclenche et qu’il transforme.
Nous voulons qu’il s’oriente vers une interaction avec d’autres spectateurs.
Nous voulons développer chez le spectateur une forte capacité de perception et d’action. »

Dans ce mouvement artistique, l’action produite par le spectateur est au cœur de la création. Ce n’est que grâce à toi que l’œuvre existe. Pas de petit panneau ‘ne pas toucher SVP’, pas de câble pour nous maintenir à distance. L’art opto cinétique nous invite, nous inclut.

Comme tu le sais, je suis toujours à la pointe de l’actualité. L’expo de groupe sur  l’art cinétique au Museo de Bellas artes de Buenos Aires est remballée depuis 6 bons mois et si tu n’as pas déjà vu, au palais de tokyo,  la retrospective Julio Le Parc, éminence argentine en la matière opto cinétique, depuis hier, c’est trop tard.

Mais maintenant tu sais tout et tu peux la ramener dans les dîners.

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L’Eau, l’Air, la Vie, les Chevaux, les Gauchos – Eliseo Miciu (ARG)

Tu l’auras compris, l’Argentine est une terre immense et vierge, avec des routes droites qui traversent du rien. A un bout de la route, y’a des baleines et à l’autre y’a les Andes et quelque part, tapi dans les montagnes il y a Eliseo Miciu.

Eliseo Miciu habite San Martin de los Andes, petite ville perchée dans les montagnes en Patagonie. Il aime sa région, son pays et forcément les chevaux et les gauchos. Il est photographe aussi, un des meilleurs, il a été choisi par National Geographic pour son hors série Argentina. Toutes ses photos crient Argentina te amo (ou El condor Pasa).

Eliseo, qui porte comme personne la boina (béret gaucho), n’est pas arrivé là par hasard. Son père est peintre, son grand père est peintre, son frère est photographe. L’esthétique coule dans ses veines. Il possède aussi la rigueur de celui qui a appris seul, à force de patience et de persévérance. Pas question qu’un autre vienne altérer le processus de création, qui pour Eliseo va de la prise de vue à l’impression. Il voyage pour acheter du papier allemand de haute qualité (je ne reviendrai pas ici sur la politique d’importation de ce beau pays, nous parlons de choses belles), il a lourdement investit dans une imprimante sophistiquée et étudié minutieusement les calibrages et réglages pour obtenir un résultat identique sur papier à ce qu’il a capturé avec son appareil photo.

Eliseo est authentique et attentionné. Il veut Partager sa passion et son amour de la Patagonie et donner le meilleur au plus grand nombre. Certaines photos comme « Desconfiado » qu’il considère comme une image presque parfaite de l’Argentine rurale sont tirées à 100 exemplaires. D’autres tirages sont plus confidentiels. Mais quelque soit la photo il veut tout donner à celui qui l’achète. Pour ça il préfère le noir et blanc. Ses caractéristiques techniques permettent plus de profondeur et de contraste. L’image en tant qu’objet est moins fragile et subit moins les effets du temps et de la lumière et surtout le noir et blanc laisse une plus grande place au rêve et à l’imagination du spectateur.

Vadeo – 2012

Desconfiado – 2010

El Condor Pasa – 2012

Garza Mexicana – 2007

Eliseo Miciu est né en Uruguay, a grandit à Cordoba et partage sa vie aujourd’hui entre San Martin de los Andes où il a son atelier et Buenos Aires. Il a travaillé sur de nombreuses campagnes publicitaires et pour de nombreux magazines argentins et internationaux. En 2007 il publie son premier ouvrage « Salta, Norte Argentino » aux éditions South End publishing. En 2008 il décide de se consacrer exclusivement à la photo d’Art. En 2010 il est choisit par National Geographic comme photographe exclusif de l’ouvrage National Geographic Traveler: Argentina. Trois de ses photos sont publiées dans ‘The 200 best images of the world » publié par Lürzers Archives.

Il a exposé à Buenos Aires Photo 2009-2012, au Centro Cultural Borges à Buenos Aires, à la Mason Murer Fine Art Gallery à Atlanta, Georgia, USA et à Arte Punta, Punta de Este, Uruguay. Eliseo Miciu a reçu le  Silver Award du  Epson International Photographic Pano Awards en 2011 et 2012.

Il est représenté à Buenos Aires par Photo d’atelier (julitte@photodatelier.com).

Plus d’informations sur : http://www.eliseomiciu.com

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